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Actualité – Éditeurs

[Pages de Bretagne] L'édition à l'échelle mondiale


photo [Pages de Bretagne] L'édition à l'échelle mondiale

De grands groupes internationaux se partagent une économie mondialisée du livre, avec des chiffres d’affaires à plusieurs milliards.

Les chiffres donnent le vertige. Présent dans 180 pays, le premier groupe d’édition du monde, l’américain RELX Group, réalise un chiffre d’affaires de 5,025 milliards d’euros, le deuxième, Thomson-Reuthers (USA), 4,705 milliards d’euros et le troisième, Pearson (GB), 4,533 milliards d’euros, avec des implantations dans 70 pays et 23 000 salariés, selon Global 50, le classement mondial de l’édition 2020, établi par plusieurs journaux professionnels du monde entier (source Livres Hebdo, octobre 2020, chiffres d’affaires 2019). Forts d’une langue parlée dans de nombreux territoires, les anglo-saxons s’y taillent la part du lion.

Ces scores donnent une idée de l’échelle. Comme les autres industries culturelles, le livre n’échappe pas aux multinationales. Depuis les années 90, les groupes ont étendu leurs tentacules et ont racheté maisons et marques afin de diversifier leur catalogue (en littérature, sciences humaines, jeunesse, pratique, livres illustrés, etc.), se sont offerts des librairies, se sont implantés à l’étranger. Le tout avec le but avoué de maîtriser toute la chaîne du livre, depuis la production dans tous les secteurs, y compris dans le poche, jusqu’à la diffusion et la distribution.

L’édition n’est pas uniquement une affaire de littérature. Avec des scores importants dans l’édition numérique, RELX Group et Thomson-Reuthers, cotés en bourse, sont spécialisés, le premier dans l’édition universitaire et professionnelle, notamment juridique et scientifique, le second dans l’édition professionnelle ; Pearson est le leader mondial de l’édition éducative. Numéro 4, l’allemand Bertelsmann est le premier groupe généraliste du classement. Présent dans les médias (RTL, presse), il est propriétaire du premier éditeur généraliste anglo-saxon Penguin Random House, représentant un chiffre d’affaires de 3,371 milliards d’euros, 10 663 salariés, plus de 300 marques éditoriales dans 23 pays, et 15 000 nouveautés par an – papier audio et numérique - pour 600 millions de volumes vendus chaque année.

Le français Hachette Livre (propriété du groupe Lagardère) arrive à la 6e place de ce palmarès international avec un chiffre d’affaires de 2,384 milliards d’euros. Le premier groupe hexagonal réalise 35 % de son chiffre d’affaires en France et y possède des marques aussi prestigieuses que Fayard, Grasset, Stock, Lattès, Calmann-Lévy, Larousse, Dunod, Hatier, etc. Parallèlement, Hachette est le deuxième éditeur du Royaume-Uni, le troisième en Espagne et le quatrième aux États-Unis. En chiffres, Hachette c’est 7 723 salariés dans 70 pays, 17 160 nouveautés en 2019 sous 150 marques. Pour compléter ce panorama hexagonal, signalons que le deuxième groupe français, Editis (2 443 salariés, 30 maisons), propriété du groupe multimédia Vivendi (Canal+, Universal), spécialisé dans le scolaire et l’édition générale, figure à la 26e place du palmarès ; et le troisième Madrigall (Gallimard, Flammarion, Casterman, Futuropolis) est 30e.

Depuis quelques années, ce classement mondial intègre les éditeurs chinois [Phoenix Publishing and Media Company, 11e, China South Publishing & Media Group, 21e], japonais (Kodansha, 16e, Kadokawa Publishing, 22e, Shogakr-U.An, 25e) et coréen (Kyowon, 19e). On retrouve l’espagnol Planeta, premier groupe ibérique à la 24e place du classement, et Santillana à la 29e. Les italiens Messagerie/GEMS (Gruppo editoriale Mauri Spagnol), et Mondadori prennent respectivement les 36e et 37e positions. Le premier groupe russe, Prosveshcheniye, n’arrive que 39e.

On pourrait penser l’expansion de ces groupes sans limite. Si certains ont laissé une réelle autonomie à leurs marques, d’autres ont cherché à imposer un modèle mondial et se sont cassé le nez. Hormis les grands best-sellers, chaque marché reste très attaché à sa culture et à ses auteurs. La Warner, propriétaire du personnage d’Harry Potter, n’a jamais réussi à imposer les mêmes couvertures dans le monde entier ; et les lecteurs français sont les seuls à lire des bandes dessinées cartonnées.

En proie à des difficultés économiques, d’autres se sont aussi repliés sur leur pays d’origine comme l’italien RCS Rizzoli, qui a revendu Flammarion à Gallimard, ou l’espagnol Planeta, qui a cédé le groupe Editis à Vivendi. La vente d’Hachette annoncée depuis plusieurs mois semble se concrétiser, notamment avec le départ le 30 mars dernier d’Arnaud Noury, le PDG d’Hachette Livre en France, qui avait largement contribué à l’expansion du groupe à l’étranger. Si le rachat par Vivendi a bien lieu, le paysage éditorial mondial sera à nouveau modifié. L’édition est un monde qui bouge.


Texte de Claude Combet pour la revue Pages de Bretagne, n°50, juillet-décembre 2021