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[Pages de Bretagne] Portrait d'autrice - Emmanuelle Le Cam, une vie d’écriture


photo [Pages de Bretagne] Portrait d'autrice - Emmanuelle Le Cam, une vie d’écriture

La poésie et l’écriture l’habitent. Plongée dans la littérature depuis la plus tendre enfance, publiée depuis ses 18 ans, la Lorientaise a à son actif plus de quarante ouvrages. Elle promet deux nouveaux textes pour 2022.

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Emmanuelle Le Cam a toujours écrit. « Petite, ma mère me lisait des comptines. J’en ai imaginé beaucoup, avant même de savoir écrire », raconte la poétesse. Puis vient l’apprentissage proprement dit, le tracé des lettres, la composition des mots. Et les premiers textes, des poèmes évidemment. « L’écriture a toujours été là, je ne l’ai pas cherchée, poursuit Emmanuelle Le Cam. Je n’ai pas eu besoin de déclic. C’était, c’est et c’est tout. »

Pour expliquer cet avènement, l’écrivaine – qui parle comme elle écrit, de manière dense, resserrée et rigoureuse - n’en dit pas plus si ce n’est l’absence totale de l’influence de l’école dans ce cheminement. Passée entre Quiberon, où elle a vécu ses dix premières années et Vannes, qu’elle a cordialement détestée, sa scolarité ne lui laisse pas un bon souvenir. « L’école m’a fait horreur, je m’y suis beaucoup ennuyée et je n’y ai surtout pas appris à écrire », confie cette fille d’enseignants qui revendique un parcours d’autodidacte.

Le bac en poche, elle se lance tout entière dans l’écriture, impatiente de succomber à ses premières « ambitions de publication » ressenties dès l’âge de 17 ans. Ça sera d’abord quelques poèmes dans des revues. Puis en 1992, à 20 ans, la plaquette L’Écho aux éditions de La Rivière échappée. Un an plus tard, la célèbre revue de poésie Polder lui consacre un numéro, Gisements, très « important » pour elle. En 1994 sort le premier recueil, Frontières aux éditions Le dé bleu/l’idée bleue qui ouvre la voie à plus d’une quarantaine d’ouvrages auxquels s’ajouteront en 2022 deux nouveaux textes, l’un en prose et l’autre en vers.

Dans cette vie d’écriture, Emmanuelle Le Cam ne se sera autorisée qu’une seule incartade. Sa licence d’anglais obtenue à L’Université Bretagne sud (UBS) à Lorient en 1997. « Au contraire de l’école, j’ai beaucoup aimé mes années universitaires », souligne l’écrivaine. Mais depuis, plus rien ne l’a occupée si ce n’est écrire et laisser couler ce flot à l’origine « instinctive et inconsciente » qu’elle ne fait que suivre. « Si l’écriture vient de quelque part, c’est forcément de là, de cet inconscient », constate Emmanuelle Le Cam. Pour autant, rien, dans son oeuvre, ne s’apparente à l’écriture automatique chère aux surréalistes. Très imprégnée des sensations liées au corps et au physique, qu’elle traduit sous différentes formes poétiques, l’écriture d’Emmanuelle Le Cam est aussi passée à la moulinette du cérébral. Si elle affirme ne pas savoir « par quel circuit ça passe », l’écrivaine évoque néanmoins le « travail de maturation inconsciente » qui explique que « cela sorte comme ça avant qu’elle ne le conçoive » et qu’elle apporte peu de corrections à son travail.

Un tel sacerdoce engendre forcément des contreparties. « L’écriture dévore beaucoup et laisse peu de place. On en paie toujours un prix, celui d’une certaine solitude notamment. Même si on est lu, on reste seul. Tout n’est pas partageable », admet l’écrivaine. Heureusement, les compensations sont intenses. Chaque nuit d’écriture - qui la place dans une bulle isolée du monde extérieur permettant l’affleurement du monde intérieur -, laisse Emmanuelle Le Cam comblée.

Quand cette passionnée de chats, que leur intériorité fascine, n’écrit pas, elle lit. Beaucoup. Peu de poésie. Des romans surtout, achetés ou empruntés à la médiathèque de Lorient qu’elle aime fréquenter pour la qualité de ses choix. Captivée par ce genre qu’elle « ne sait pas faire », elle goûte surtout les auteurs étrangers chez qui elle trouve une profondeur et un traitement de la littérature plus complexe conjugués à des univers « exotiques » qu’elle ne connait pas et qui tiennent en éveil son immense curiosité. Elle s’adonne aussi à l’édition, de manière « confidentielle et artisanale ». Créées en 1998 pour accueillir certains de ses textes, Citadel Road éditions abritent également une poignée de poètes qu’elle aime mettre en lumière tels Patricia Suescum ou Arthur Fousse, deux auteurs dont elle est particulièrement fière. « La sincérité dans l’expression de leur souffrance et le talent déployé pour la dire m’impressionnent », plaide Emmanuelle Le Cam.

Un thème dans lequel elle se reconnait parfaitement. Depuis le départ, la souffrance irrigue sa poésie. « Parce que c’est là » et que l’écriture, telle une alchimiste, permet « d’en faire quelque chose d’autre. Pas une thérapie, un art et une oeuvre, voilà tout », observe l’écrivaine. Autre pierre angulaire de son travail, l’élément marin, qui lui donne le souffle. « C’est plutôt logique vu là où j’ai grandi », s’amuse Emmanuelle Le Cam. Et si cette Bretonne n’a quasiment jamais quitté la région, naviguant entre Vannes, Rennes, Brest et Lorient, sa « ville-reine » (1) où elle s’est établie depuis 13 ans, elle n’en fait pas « tout un monde. Je suis avant tout un écrivain français », affirme nettement la poétesse qui n’échangerait toutefois pour rien au monde son balcon orienté plein ouest où elle peut sentir la mer et regarder accourir les tempêtes.


(1) Deuils de mots et d’amours froides, Rafael de Surtis, 2018

 

Texte de Cécile Charonnat, photo de Simon Cohen, article paru dans le n°51 de la revue Pages de Bretagne, décembre 2021.

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