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[Pages de Bretagne] Langues de Bretagne - Se doner le drët de demorfozer la nët en lumiëre


photo [Pages de Bretagne] Langues de Bretagne - Se doner le drët de demorfozer la nët en lumiëre
Marie Chiff'mine – Philippe Erard

Depés q’i fut minz su pië en 1986, le CAC Sud 22 fét valair e parleve la langue de Haote-Bertègne : le galo. Aletë ao mitan de la Bertègne, perchain de Loudia, notr souète a sitrape de promouver la qhulture de notr contrée.

Su la pllace du Pâtis Vert, à Concoret, i taet des fais qe la chandelle rayaet au mitan de la netée. « On araet dit qe qheuq’un me poussaet à ecrire ». Ernestine Lorand (1921-2008) s’ét minze à ecrire come son mari s’ét mort. Le galo la mit en horvae : « Ma, ça m’a fèt revivr ! » 1. A fut « une grand-mere de la mouvance du Galo » 2. qi permit à hardi de mond de se rdaler. Ses poëtries nifls caozent de son tous-les-jous, sans adma d’aotrfai. Pourtant, permier, al ecrivaet en francèz. C’ét Gilles Morin, perzident des Amis du Parler Gallo, qi li donit fiance den sa langue.

Cé la contouze Marie Chiff’mine, nen treut des rimiaos un ptit partout : Guillevic paissë su une porte, Le Men en pendant su un mur. « J’ë un lian vivaturier o la poëtrie. J’ë terjou zu un bezin d’ecrire. Je vais, je sens, j’ecris ». Yelle etou cmencit en francèz: « c’ét Ujenie Duva qi me poussit à prendr ma pllace en galo ».

S’interdire de caozer, d’ecrire. Pourqhi ? L’istouère ès « sots Bretons », nen la cneut. Mé anët? « Le compllexe du plouc ét core là. La devalance empoze d’ecrire. » Marie rcneut qe c’et un petit pu d’ouvraije en galo. « Nen le ouait pas assez den le tous-les-jous e j’ons pouint tës alfabétizës. Ecrire en galo, c’ét s’en rtourner ao péy endeden. »

Bertran Obrée, cmencit li de n’n ecrire à 16 ans. Une maniere de raprendr la langue. Il a chouézi de chanter pour prendr la pllace foraine: « Bani des livrs de poëtrie n’ét pas le pu aizë à evailler ».

Dedpé 92, le CAC Sud-22 fét autour d’une ecririe pour valanter la langue d’anët. «Tous les ans, un 30 de texes sont envayës ded tous le Péy Galo e les jieunes crochent deden, q’acertaine Hélène Gustin, la mnouze. La poëtrie rperzente 15 % des texes envayës. Je nen banissons à petites fais. »

Meme si l’ecrivaije e la banie sont rales, nen peut tout come dire q’il ét de routine de decllamer des rimiaos. I n’ét qe de coazer des chansoniers come Mistringue ou core de hardi de fabls terlatées qe le mond dizaent ès noces. Il ét de comprendr ’tou qe les Bertons sont amoudrës à la poëtrie. A longue de jous, de caozeries, de berdasseries, lous avenaent chants, ditons, rimes, perifrâzes, metafores...

Pour Marie Chiff’mine, « Poëtrie e oralitë sont de coterie! C’ét une bufée qi sort du deden mé qi n’ét pouint la parole du tous-les-jous. Il ét qhession de doner à vair des imaijes. C’et ce qi hète den le haiku. »

C’ét de cae parail pour Bertran Obrée. En pus de l’imaije, il ëme souegnër la prozodie. C’et à performer qe Marie doliche ses poëtries. « Hardis de mes texes sont parnotës. ’Dire’ amëne une aotr muziqe. Le mond qi acoutent aïdent à terouer la bone muziqe, etou ! »

Den les debuts du slam à Renes, Marie Chiff ’mine se mucit den la berche. Cant qe Marc Smith, un ouverier de Chicago inventit le Slam en 86, ça taet rdoner de la libertë à la poëtrie qi avaet të tolie par la haote-penae. « I faoret le mond ecrire. Les dezenheuder. Je reve de sairées à s’entr-dire sans s’entr-jujer, just pour le hèt de la poëtrie » qe s’ecocaille Marie. Bertran li ecrit dedpé qheuqes temps pour les aotrs: « De pus en pus de mond ont envie de chanter en galo. »

Si je savons à pu près comben de mond caozent core galo, auqhune enserche ne dit comben q’i sont, la netée durant, à rever den lou langue. Si ça chaot pour le galo, ça chaot core pus pour la poëtrie.

Den « Alphaville » JL Godard contaet une vile dezumanizée par la retreinte du parlement e des emais par Alpha 60, un ordrinouër. Pour saover la vile, le hero du fime « demorfoze la nët en lumiëre » grâce à l’amour e la poëtrie. J’ons qe de métr nos chandelles à raidr den notr netée.

1. Dynamique interculturelle et autoformation, Ch. Leray. L’Harmattan
2. Femmes de Lettres en Bretagne, Éd. Goater, 2021

 

Résumé en français :

S’autoriser à transformer la nuit en lumière
Ernestine Lorand s’est mise à écrire à la mort de son mari. La conteuse Marie Chiff’mine a un lien vital avec la poésie. Bertran Obrée a choisi de chanter pour diffuser sa parole poétique. Le chant et le conte créent le lien entre poésie et oralité, si chère à la Haute-Bretagne. Ils ont tous fait le choix d’écrire et de publier en gallo. Pourtant les freins sont nombreux. La présence publique trop faible du gallo et la non alphabétisation ne facilitent pas la diffusion des écrits en gallo. Il faut donc susciter l’envie d’écrire à l’instar du concours du CAC Sud 22 qui, avec une vraie exigence linguistique, attire de plus en plus de personnes. Il y a aujourd’hui une urgence de la langue et encore plus, une urgence de la poésie.

Texte en gallo et résumé en français de Matao Rollo, paru dans la revue Pages de Bretagne, n°51, décembre 2021